les monnaies Marseillaises

UNE RARE OBOLE DE MARSEILLE A LA ROUE PRESENTANT UNE LETTRE GRAVEE

Article publié dans les Annales du Groupe Numismatique de Provence XIX, 2004, Aix-en-Provence, p. 14-16 (éditées en 2006).

 

 

 

UNE RARE OBOLE DE MARSEILLE A LA ROUE PRESENTANT UNE LETTRE GRAVEE.

 

 

Jean-Albert CHEVILLON

 

 

 

          Après plus d’un siècle de frappes à l’iconographie variée, la Cité grecque de Massalia va opter, à l’extrême fin du Ve siècle avant J.-C.,  pour une typologie unique de son nominal principal : l’obole.

          Les types retenus sont la tête juvénile pour l’avers et la roue à quatre rayons pour le revers (1). Cette situation va alors se « figer » pour une très longue période qui ne s’achèvera qu’avec la chute de la Cité en 49 av. J.C.

          Les premières émissions de style purement « classique » (2), attribuables à l’atelier, sont celles dites à légendes longues MASSAΛΙΩΤAN, en caractères doriens, qui seront très rapidement suivies par celles à légendes « réduites » MASSAΛΙ (3). Ces séries, qui restent relativement rares, présentent systématiquement une tête orientée à droite et un M figure dans l’un des cantons de la roue de revers (4). Elles sont remplacées par celles sans légende à l’avers, puis ensuite par les monnaies avec MA au revers et tête présentant des favoris au droit. Enfin, on assiste à un retournement vers la gauche de la tête et le MA va se « figer » sur les revers.  

 

          

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les monnaies présentant une légende longue qui se découpe habituellement  en deux parties, avec MASSAΛΙ devant le visage et ΩΤAN à l’arrière de la nuque, il a été possible de distinguer un certain nombre de variétés telles que celle présentant une césure légèrement différente avec MASSAΛΙΩ sur le devant et ΤAN à l’arrière.

          Le superbe spécimen que nous présentons ici (5), avec son style « riche » (6) mais sur lequel il est important de noter la présence d’une petite corne héritée du groupe antérieur à la tête de LACYDON (7), s’insère dans cette  variété.

Cependant sa  principale originalité repose sur la présence au revers de la lettre A, gravée à la pointe sèche, à l’intérieur du canton situé à droite de celui contenant le M. La volonté de faire apparaître la légende MA est donc manifeste. Si l’on tient compte du fait que les séries têtes à droite / MA furent émises à partir des années 390 pour s’achever de toute façon avant la fin de la première partie du IVe  siècle (8) (9), il nous semble clair que cette monnaie a été réutilisée durant cette période et que son possesseur du moment a voulu la « rajeunir » en la rendant identique, quant à l’épigraphie, à celles en cours.

          Concernant la graphie de cette lettre apposée ultérieurement, on peut noter le caractère fortement « manuel » de l’exécution. La lettre est relativement mal formée et décalée par rapport au positionnement habituel et au M existant. La technique employée est celle de la pointe sèche. La lettre a été gravée, à froid, en seulement quatre coups de stylet. Les deux barres extérieures sont bien orientées alors que la barre centrale est constituée d’un premier trait profond mais incomplet et décalé sur la droite qui a été prolongé sur la partie gauche par un deuxième trait droit et nettement plus léger. Malgré l’imperfection de cette barre, on peut considérer qu’elle est « droite » et qu’elle correspond bien à la forme habituelle du A des premières séries d’oboles au MA. Notre spécimen présente un poids relativement léger par rapport à sa série (poids moyen : 0,85 g) qui, comme celui des têtes à droite sans légende / MA restent alignées sur le « vieux » nominal utilisé depuis les années 475 par Massalia (10). Par contre, un nouvel étalon, avec un poids moyen proche de 0,72 g sera adopté pour la série suivante avec la tête à gauche sans légende / MA.

          Cet ensemble d’éléments nous amène donc à affirmer que cet exemplaire a été réutilisé postérieurement à sa période de frappe.

          En tenant compte des datations actuellement admises, on peut en déduire que sa réintroduction a pu s’effectuer entre 10 et 30 ans après sa date d’émission. L’excellent état de conservation de cette monnaie laisse enfin penser que sa circulation fut certainement limitée pendant ses deux phases d’utilisation.

 

          Il est toujours intéressant de rencontrer des spécimens qui, grâce à une modification : rajout de légende, retouche…. témoignent d’une utilisation ultérieure à leur période de frappe. Pour notre obole marseillaise, la similitude des types, n’impliquait que l’éventuelle adjonction d’un A (gravé ici à la main) pour être intégré aux séries en circulation à ce moment là.   

 

 

 

NOTES :

(1) C. BRENOT, « Monnaies massaliètes », dans Catalogue des monnaies massaliètes et monnaies celtiques du musée des beaux-arts de Lyon, (C. Brenot et S. Scheers) éd. Peeters, LEUVEN, 1996.

(2) A l’exception de celui de typologie différente : tête d’Athéna casquée au casque corinthien / roue,  qui le précède de peu.

 (3) J.-A. CHEVILLON « Les oboles de Marseille à légende MASSALI », BSFN, septembre 2005, p. 169 – 172.

(4) Sauf pour quelques spécimens anciens qui présentent la particularité d’avoir été frappé avec des coins de revers ayant servis à l’émission précédente à la tête d’Athéna au casque corinthien (voir note précédente).

(5) Collection Roland Guernier, Goult, Vaucluse. Poids : 0,74 g. Diamètre : 10-10,3 mm. Origine : région nord d’Aix-en-Provence, limite Durance.

(6)  A.E. FURTWÄNGLER, « Le trésor d’Auriol et les types monétaires phocéens », dans les cultes des cités phocéennes, Aix-en-Provence, 2000, (Et. Massa. 6), p. 175-181. 

(7) J.-C. RICHARD et J.-A. CHEVILLON, « Du Lacydon à Massalia, les émissions grecques en Gaule du Ve s. av. J.-C. », Congrès International de Numismatique de Madrid 2003, Annales de la C.I.N., à paraître.

 (8)  L. VILLARONGA, « Monedes de plata emporitanes dels segles V – IV a C », Societat catalana d’estudis numismatics, Institut d’estudis catalans, BARCELONA, 1997. Le trésor de Tarragone, probablement enfoui vers 350 ou peu après, ne renferme que des oboles avec tête à droite et les moins anciennes sont celles avec MA au revers.

(9)  C. BRENOT, «  Un trésor de monnaies de Marseille découvert sur le site de la Courtine d’Ollioules (Var) », BSNAF, 1989, p. 252-259. Ce dépôt, qui doit dater des alentours de 300, contient, entre autres, un certain nombre d’oboles avec tête à droite, mais leur usure permet de confirmer que leur émission remonte à la première partie du IVe siècle.

(10)  G.E. REYNAUD, « Un trésor de monnaies massaliètes du Ve siècle », Revue Numismatique,  6e série, tome XXV, 1983, p. 35-42. (voir notes bibliographiques par H. NICOLET-PIERRE ).

 

 



Article ajouté le 2007-07-09 , consulté 171 fois

Commentaires


naisioxerloro le 29/11/2007 à 11:08:54
Hi.
Good design, who make it?
Adesva le 11/09/2007 à 02:52:41
Hi all!
How are you?

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