les monnaies Marseillaises

UN NOUVEAU GROUPE POSTARCHAIQUE MASSALIETE A LA TETE D’ATHENA AU CASQUE AVEC CIMIER

UN NOUVEAU GROUPE  POSTARCHAIQUE MASSALIETE A LA TETE D'ATHENA AU CASQUE ATTIQUE AVEC CIMIER

 

Jean-Albert CHEVILLON

 article paru dans les Cahiers Numismatiques de la S.E.N.A, n° 170, décembre 2006, p. 5-8.

 

Dernièrement, il nous a été donné d'étudier deux spécimens inédits provenant des Bouches-du-Rhône et présentant sur l'avers une tête d'Athéna avec un casque attique doté d'un cimier bien apparent (1). L'un des exemplaires est uniface, l'autre offre sur son revers un carré creux d'un style similaire à ceux présents sur les groupes postarchaïques du monnayage massaliète.

 

Le motif gravé au droit est manifestement une tête d'Athéna à gauche surmontée d'un casque de type attique à cimier. Doté d'une volute en fort relief s'enroulant vers l'arrière, le casque présente, pour le spécimen n° 1, un parement sur sa partie frontale qui se termine sur le haut par quelques pointes triangulaires alignées, et, pour la monnaie n° 2, par un rebord plein en relief se prolongeant sur la tempe par une volute en position antithétique à celle placée sur l'arrière. Le front est couvert par de fines mèches parallèles. Sur le casque un cimier de bonne taille, au relief bien rendu, constitué de cannelures légèrement incurvées vers l'avant sur la zone frontale et sur l'arrière du coté occipital. L'oreille est apparente. Derrière, un long protège nuque en fort relief. Ligne de cou perlée. Le profil est de style « archaïsant tardif » avec en particulier un traitement de face de l'œil. Cette spécificité se retrouve sur bon nombre de spécimens postarchaïques. A noter que ce retour en arrière stylistique, caractéristique de cette période également marquée par la reprise de types existants à l'époque archaïque, par un retournement  des motifs et par des revers très plats avec des carrés creux souvent plus petits et moins profonds, va se prolonger en particulier sur certains exemplaires préclassiques au crabe. Bien que de coins différents les droits présentent un style commun qui dénote un travail de graveurs qui semblent marqués dans leur choix et dans leur technique par un regard que l'on peut qualifier de « rétrograde ». A l'identique de certains groupes postarchaïques tels que celui au casque ionien avec ou sans charnière (2) qui réutilise le motif présent sur le groupe N d'hémioboles du trésor, ainsi que celui à la tête d'Apollon au crobylos qui reprend le motif du groupe C d'oboles, nos monnaies sont à rapprocher des spécimens du groupe Eb à la tête d'Athéna au casque attique à droite présent dans le dépôt d'Auriol (3). Détail important à relever, la présence déjà effective d'un petit cimier sur les spécimens de cet ensemble (voir prototype P2) dont l'origine typologique est à rechercher au sein des séries d'hectés ioniennes, en particulier celles issues de la production  phocéenne du dernier quart du VIe  ou du début du Ve av. J.-C. (voir prototype P1) (4).

Comme à Phocée, Athéna est la divinité poliade de Massalia protectrice par excellence de la cité. Avec  l'Artémis éphésienne et l'Apollon delphinios elle constitue l'une des trois principales divinités du panthéon massaliète (5). Leur présence, sous la forme d'un lieu de culte dédié, est attestée depuis la plus haute époque, et c'est bien à Athéna que les Marseillais ont consacré, un peu plus tard, leur trésor sur le site majeur de Delphes (6). Initialement crée à Massalia avec la déesse coiffée d'un casque attique : groupe d'hémioboles Eb du trésor, puis par un groupe postarchaïque offrant le même motif,  la représentation va également être traitée à la même époque au travers d'une tête au casque corinthien qui sera reprise dans le dernier quart du siècle avec un groupe de style « riche » doté d'une roue au revers (7).  

Au revers, le carré creux de la monnaie n° 1 s'inscrit parfaitement dans les caractéristiques de ceux de la période postarchaïque. D'assez petite taille par rapport au flan et moins marqué que ceux de la période précédente, il conserve les excroissances et les angles droits du revers type massaliète. Le flan très plat sur le revers est particulièrement propre à cette phase.  Le revers de la monnaie 2, quant à lui, n'offre aucun motif visible. Cette particularité qui n'est pas connue pour la période archaïque apparaît sur quelques spécimens postarchaïques et préclassiques du monnayage, en particulier sur des exemplaires à la tête d'Athéna au casque attique, à la tête d'Apollon au crobylos, à la tête d'Athéna au casque corinthien ainsi que sur quelques têtes casquées. Cette spécificité paraît ne pas durer car on ne la retrouve pas, à notre connaissance, sur les séries ultérieures au Lacydon ou à la tête juvénile à légende. Volonté de différenciation ? Manque ponctuel de matériel lié à des urgences ? La question reste posée (8). Cependant, il nous paraît techniquement difficile de frapper « involontairement » un flan sans obtenir une trace quelconque. De toutes façons, il reste évident que ce sont le poids et l'empreinte du droit de la monnaie qui assurent son identification et sa reconnaissance, l'absence d'un motif de revers ne remettant pas en cause ces deux données.

Enfin, en tenant compte de leurs divers manques de métal ou cassures de flan, nos deux spécimens, avec un poids moyen très proche de 0,80 g, sont à rapprocher de la métrologie  constatée sur les oboles des groupes postarchaïques de l'atelier qui débute lors de la réforme pondérale qui voit l'adoption définitive d'un nominal équivalent à 0,90 g. Ce changement s'opère peu avant l'enfouissement du trésor d'Auriol datable des années 475. Ce qui est confirmé par la présence au sein du dépôt de monnaies du groupe FF, à la tête de griffon /  tête de lion dans un carré creux, qui présentent déjà la nouvelle métrologie de cette phase.   

Tous ces éléments nous amènent donc à attribuer ces deux spécimens à la production de l'atelier massaliète dont ils constituent un nouveau groupe qu'il faut positionner plus précisément parmi les tout premiers de la phase postarchaïque du monnayage (9).

 

La mise en évidence d'un nouveau groupe à la tête d'Athéna à gauche au casque attique avec cimier au sein du monnayage de Massalia vient enrichir nos connaissances sur la phase postarchaïque de l'atelier que l'on positionne entre les années 475 et 465/460 av. J.-C.. Ce nouveau groupe d'oboles vient ainsi se rajouter aux cinq déjà connus : griffon / tête de lion dans un carré creux, casque ionien / carré creux, tête d'Athéna au casque attique / carré creux, tête d'Athéna au casque corinthien / carré creux, tête d'Apollon au crobylos / carré creux (10). Iconographiquement héritées du groupe d'hémioboles à la tête d'Athéna au casque attique à droite qui présente déjà un cimier naissant et qui fut émis quelques années plus tôt au cours de la phase B du monnayage archaïque, nos deux monnaies constituent un groupe à part entière qu'il faut, à notre avis, positionner en tout début de période et qui précède de peu celui à la tête d'Athéna à gauche au casque attique, qui quantitativement paraît être le plus important de la phase, mais qui présente un style plus commun.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOTES :

 

(1)  Monnaie n° 1 : 0,72 g,  9,4 - 10,9 mm. Collection S. Arcas, Paris. Origine : Bouches-du-Rhône.

Monnaie n° 2 : 0,87 g, 8 - 10 mm. Collection privée. Origine : Bouches-du-Rhône.

 

(2)  J.-A. CHEVILLON, « Auriol : une nouvelle série au casque ionien », Cahiers Numismatiques, n° 122, 1994, p. 7-11.

 

(3) A.E. FURTWÄNGLER, « Monnaies grecques en Gaule, le trésor d'Auriol et le monnayage de Massalia », Office du Livre, Typos III,   FRIBOURG, 1978.

 

(4)  F. BODENSTEDT, « Die elektronmünzen von Phokaia und Mytilene », TÜBINGEN, 1981. Emission n° 34, p. 132, pl. 4.1 et 45.

 

(5) H. TREZINY, « Les lieux de culte dans Marseille grecque », dans Les cultes des cités phocéennes, Etudes massaliètes n° 6, AIX-EN-PROVENCE, 2000, p. 81 - 99.

 

(6)   A.E. FURTWÄNGLER, « Le trésor d'Auriol et les types monétaires phocéens », dans Les cultes des cités phocéennes, Etudes massaliètes n° 6, AIX-EN-PROVENCE, 2000, p. 175 - 181. 

 

(7)  M. PY, « Les monnaies préaugustéennes de Lattes et la circulation monétaire protohistorique en Gaule méridionale », Lattara 19, Edition de l'Association pour le Développement de l'Archéologie en Languedoc-Roussillon, LATTES, 2006, série OBM-3, p. 24.   

 

(8) Nous ne connaissons pas d'autres émissions contemporaines avec revers lisse, à l'exception d'une série chypriote avec un bélier couché attribuée à la ville de Salamis.

 

(9)  A Acanthe en Macédoine il existe une tête d'Athéna avec carré creux au revers de poids identique mais le motif de droit et le carré sont bien différents.

 

(10)  J.-C. RICHARD et J.-A. CHEVILLON, "Du Lacydon à Massalia, les émissions grecques en Gaule du Ve  s. av. J.-C.", Actes du Congrès International de Numismatique de Madrid 2003, édités en novembre 2005, MADRID, p. 295 - 302, tab. oboles.

 

 

 

 



Article ajouté le 2007-01-10 , consulté 366 fois

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