les monnaies Marseillaises

LES OBOLES DE MARSEILLE A LA TETE A DROITE AVEC LEGENDE ΜΑΣΣΑΛΙΩΤ / ΑΝ

 

 

Article publié dans le Bulletin de la Société française de Numismatique n° 8, d'octobre 2007

 

 

 

 

LES OBOLES DE MARSEILLE A LA TETE A DROITE

 AVEC LEGENDE μασσαλιωτ / αν

 

Jean-Albert CHEVILLON

 

 

 

 

 

 

 

 

Afin de compléter nos recherches sur les oboles massaliètes à légende longue ΜΑΣΣΑΛΙΩΤΑΝ qui, nous l'avons vu[1], seront assez rapidement remplacées par la forme abrégée ΜΑΣΣΑΛΙ permettant de  voir disparaître la désinence dorienne originelle, nous avons pu isoler quelques spécimens qui confirment que le passage à la légende courte ne s'est pas effectué en un seul temps mais plutôt au travers d'une suite de césures, puis d'au moins une réduction, bien visibles au fil des émissions. Nous connaissons ainsi actuellement les légende longues ΜΑΣΣΑΛΙ / ΩΤΑΝ et ΜΑΣΣΑΛΙΩ / ΤΑΝ, puis, les légendes réduites ΜΑΣΣΑΛΙΩ[2]  et ΜΑΣΣΑΛΙ.

 

Toujours dans ce cadre, il nous a été donné il y a peu, de rencontrer quelques spécimens inédits à légende longue présentant indiscutablement un nouveau positionnement des lettres avec ΜΑΣΣΑΛΙΩΤ devant la tête et ΑΝ dans la nuque. Ces monnaies[3], toutes dotées d'un très bon style avec une chevelure composée de nombreuses mèches harmonieusement imbriquées, s'insèrent parfaitement dans celui des autres variétés connues. L'utilisation de graveurs professionnels issus du monde gréco-sicilien, et plus particulièrement de l'ambiance syracusaine, ne fait aucun doute. Appelés pour élaborer les premiers coins ils ont introduits à Massalia le style classique déjà présent dans les grandes cités grecques méridionales. A noter une absence de liaisons de coins entre ces 6 exemplaires qui permet de penser que cette émission fut relativement conséquente. Il existe cependant de très grandes similitudes de style entre les spécimens 4 et 6 qui amènent à penser que les deux coins de droit ont  certainement été conçus par le même graveur. De même, pour les monnaies 1, 3 et 5 dont certains détails empêchent de les lier par le droit, mais qui nous amènent à envisager la possibilité d'un coin retaillé. Avec un poids moyen de 0,80 g, ces 6 spécimens se rapprochent du poids habituel constaté pour ces séries émises à la charnière entre le Ve et le IVe s. Au fil du temps et des émissions, et ce depuis le changement d'étalon intervenu dans les années 475 av. J.-C. (poids théorique proche de 0,90 g), on enregistre une légère perte de poids du nominal qui ne s'achèvera qu'avec la réforme pondérale datable de la fin de la première partie du IVe siècle qui fera apparaître une obole dotée d'un poids théorique de 0,72 g[4]. Enfin, il est intéressant de trouver une rare spécificité à la fois sur notre monnaie n° 4 et sur un autre exemplaire à légende longue ΜΑΣΣΑΛΙΩ / ΤΑΝ[5], il s'agit de la lettre A gravée à la pointe sèche à l'intérieur du canton situé à droite de celui contenant le M initial. Manifestement gravée ultérieurement, il s'agit, à notre avis d'une volonté de « rajeunir » ces exemplaires pour les intégrer, en les rendant identiques, à ceux en cours quelques décennies plus tard. Ce fruste mais significatif rajout vient donc témoigner de la réutilisation de ces spécimens au sein des séries à la tête juvénile à droite / ΜΑ qui furent émises au cours du 2e quart de IVe siècle av. J.-C et dont la frappe a dû s'interrompre vers les années 350[6] ou un peu avant.

 

C'est vers 410 que commence l'époque classique du monnayage de Massalia. Cette phase sera marquée, pour l'obole, à la fois par le maintien d'une filiation typologique claire avec une reprise des motifs récurrents à l'atelier (tête de Lacydon, tête d'Athéna, roue), et par une rénovation stylistique d'inspiration gréco-sicilienne qui sera nette et définitive. La tête de Lacydon sera transformée en une tête juvénile cornue et la roue de revers, présente pour la première fois à Massalia sur le groupe à la tête casquée, sera « allégée » mais définitivement maintenue. Des légendes apparaitront sur les premières séries avec un besoin de simplification qui va amener rapidement à une typologie « figée » sans légende de droit et seulement les lettres ΜΑ au revers. Pour l'obole cette situation perdurera alors jusqu'en 49 av. J.-C. date de la chute de la Cité.    



[1] J.-A. CHEVILLON, "Les oboles de Marseille à légende ΜΑΣΣΑΛΙ, Bulletin de la Société française de Numismatique n° 6, juin 2005, Paris, p. 150 -154.

[2] J.-A. CHEVILLON, "Une obole de Marseille à légende ΜΑΣΣΑΛΙΩ, Bulletin de la Société Française de Numismatique n° 10, décembre 2006, Paris, p. 264.

[3] Monnaie n° 1 (0,74 g, 10,2-10,4 mm), coll. R. Guernier, Goult (Vaucluse). Origine : région nord Aubagne (B-du-Rh.). Monnaie n° 2 (0,82 g, 10,2-10,3 mm), coll. privée (B-du-Rh.). Origine : région ouest d'Aix-en-Provence (B.-du-Rh.). Les monnaies : n° 3 (0,71 g, 10,2-10,5 mm),  n° 4 (0,76 g, 10,2-  10,3 mm),  n° 5 (0,82 g, 10,4 -11,7 mm),  n° 6 (0,79 g, 10,6-10,9 mm),  toutes coll. Y. Lefranc, Aix-en-Provence (B.-du-Rh.). Origine : nord d'Aubagne (B.-du-Rh.).

 

[4] Ce changement d'étalon sera de courte durée, une nouvelle réduction du poids interviendra ensuite sur la base d'une obole de 0,63 g.  

[5] Op. cit.  n. 1, p. 150 (spécimen n° 6) et J.-A. CHEVILLON, « une rare obole de Marseille à la roue présentant une lettre gravée », Annales du Groupe Numismatique de Provence XIX, 2004, Aix-en-Provence, p. 14-16 (publiées en 2006).

[6] Ce qui a été dernièrement confirmé par M. PY dans « Les monnaies préaugustéennes de Lattes et la circulation monétaire protohistorique en Gaule méridionale », Lattara 19, Edition de l'Association pour le Développement de l'Archéologie en Languedoc-Roussillon, LATTES, 2006, p. 30.

 Voir à ce sujet, L. VILLARONGA, dans Monedes de plata emporitanes dels segles V – IV a. C., Societat catalana d'estudis numismatics, Institut d'estudis catalans, Barcelone, 1997 qui signale que « le trésor de Tarragone, probablement enfoui vers 350 ou peu après, ne renferme que des oboles avec la tête à droite, et les moins anciennes, sont celles avec MA au revers ». Ainsi que  C. BRENOT dans « Un trésor de monnaies de Marseille découvert sur le site de la Courtine d'Ollioules (Var) », BSFAF 1989, p. 252-259, qui écrit : « ce dépôt, qui doit dater des alentours de 300, contient, entre autres, un certain nombre d'oboles avec la tête à droite, mais leur usure permet de confirmer que leur émission remonte à la première partie du IVe siècle ».

 

 



Article ajouté le 2008-04-28 , consulté 66 fois

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