Etude publiée dans les Cahiers Numismatiques de la S.E.N.A., n° 171, mars 2007, Paris, p. 11 et 12.
UNE NOUVELLE VARIETE DU GROUPE D’HEMIOBOLES MASSALIETES A LA TETE DE SATYRE / ROUE
Olivier BERTAUD et Jean-Albert CHEVILLON
Au cours du Ve siècle av. J.-C. Marseille frappe une grande quantité d’émissions à la typologie très variée. Parmi les groupes à double types de la période préclassique, qui débute dans les années 465/460, on peut citer les oboles à la tête casquée tournée à droite ou à gauche, mais également un groupe nettement plus rare d’hémioboles à la tête de satyre à droite et à la roue déjà étudié par J.-A. Chevillon (1). Notre travail porte sur un exemplaire inédit présentant une originale tête de satyre orientée à gauche.
La description de ce spécimen est la suivante : à l’avers, tête de satyre à gauche légèrement décentrée et en bon relief. Front largement dégarni bien visible. La partie pariétale haute présente une suture fronto-pariétale (suture métopique) particulièrement marquée. Malgré l’usure de la pièce, on devine les mèches retombant sur la nuque ainsi qu’une oreille longue et pointue. Le visage, bien proportionné, présente un œil de face, des petites lèvres pincées et un menton bien marqué. Début de cou de petite taille et en forme de triangle pointé vers le haut. Il est certain, au vu de la taille du motif, que nous avons à faire à un bon graveur, même si l’ensemble souffre d’une certaine lourdeur.
Au revers, roue avec entretoises et moyeu central mal gravé mais bien visible.
Poids :

3 x 1
Cette représentation de demi-dieu rustique, liée au culte de Dionysos vénéré de haute date à Marseille, s’insère parfaitement dans l’iconographie de l’ambiance massaliète. Le revers d’inspiration syracusaine est bien connu, en particulier au travers de l’importante émission à la tête casquée, la présence d’entretoises aux formes classiques et bien marquées plaide en tout cas pour une concomitance avec les séries anciennes à la tête casquée. La roue taillée en rapport du module offre un diamètre de 5 mm, qui correspond à la moyenne constatée sur les hémioboles à la tête à droite : 4,5 - 5 mm sur 3 des exemplaires étudiés, alors que l’on obtient une moyenne de 7 mm pour les oboles à la tête casquée.
Lors de la frappe le flan a subi une légère déformation, et on peut noter un petit manque en arrière de la tête qui correspond sans doute à un éclat de métal. Sa forme ovalisée amène à voir, sur un des cotés, le rebord du coin.
Pour ce qui concerne le poids, celui-ci peut sembler, à priori, léger pour une hémiobole présentant un poids théorique de 0,45 g. Cependant, l’usure avancée de la monnaie, due certainement à une longue circulation, associée au petit manque constaté sur l’arrière de la tête, explique ce faible poids. Avec un flan plus court, un relief assez prononcé et un style du droit qui se rapproche nettement de celui de l’hémiobole préclassique à la tête de satyre / crabe (2), cette monnaie nous parait être légèrement plus ancienne que la variété à droite (type OBM-1h dans la récente classification de M. Py) (3) qui offre des motifs plus plats, des flans plus larges et des roues de revers qui se présentent parfois avec des entretoises « pleines », voire manquantes (4). Nous daterons donc cet exemplaire, très probablement originaire de Provence, des alentours du milieu du troisième quart du Ve siècle av. J.-C.
Cette rare série, de poids léger, s’insère parfaitement dans le cadre du système des kapeloi décrit par A. Furtwängler (5) et qui avait pour but d’émettre des petites fractions afin de faciliter les menues transactions au sein même de la cité massaliète, mais aussi et surtout avec son arrière-pays. Cette nouvelle hémiobole, qu’il faut rajouter aux quelques groupes préclassiques connus à ce jour, fait suite à l’ensemble des fractions d’oboles des périodes archaïque et postarchaïque et précède le groupe aujourd’hui bien étudié des hémioboles à l’ethnique de la période classique (6).
Cette nouvelle variété à la tête de satyre à gauche, vient donc confirmer et éclairer un peu plus nos connaissances sur ces rares groupes d’hémioboles émis lors de la phase préclassique du monnayage. Si l’origine marseillaise de ce spécimen, par le poids et la typologie, ne fait aucun doute, seule la découverte d’autres exemplaires permettra de mieux cerner les spécificités de ce groupe d’hémioboles.
NOTES :
1) J.-A. CHEVILLON, « Les hémioboles de Massalia à la tête de satyre et à la roue », Cahiers Numismatiques, n° 143, S.E.N.A., mars 2000, p. 9-13.
2) J.-A. CHEVILLON, « L'hémiobole préclassique de Massalia à la tête de satyre et au crabe », Cahiers Numismatiques, n° 145, S.E.N.A., septembre 2000, p. 5 et 6.
3) M. Py, « Les monnaies préaugustéennes de Lattes et la circulation monétaire protohistorique en Gaule méridionale », Lattara 19, Edition de l’Association pour le Développement de l’Archéologie en Languedoc-Roussillon, LATTES, 2006, p. 20.
4) A noter que notre spécimen est à rattacher à une forme évolutive de la roue à entretoises initiale qui présente des rayons qui vont jusqu’à la jante. Sur ce spécimen, les entretoises sont toujours bien marquées mais les morceaux de rayons situés dans le triangle formé ne sont plus apparents. Dans les phases suivantes les entretoises vont tout d’abord se remplir puis disparaître ou évoluer vers des schématisations diverses.
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